Éviter le déclin cognitif avec l’IA🧠💪

On a tous senti le truc : quand une technologie nous facilite la vie, on l’adopte vite… parfois avant de mesurer ce qu’on abandonne en chemin. Avec les IA génératives (ChatGPT et ses cousins), le gain de confort est énorme : résumer, reformuler, générer des idées, écrire plus vite. Mais une question mérite d’être posée sans panique et sans naïveté :

Si je délègue trop souvent l’effort mental, est-ce que mon cerveau s’atrophie, comme un muscle qu’on n’utilise plus ?

Pourquoi l’idée « moins d’effort = cerveau plus faible » n’est pas farfelue

Le cerveau fonctionne beaucoup par renforcement : ce que tu pratiques devient plus fluide, plus accessible, plus “automatique”. Et ce que tu ne pratiques plus… s’émousse.

C’est l’un des principes derrière la notion de réserve cognitive : plus on a construit, entretenu et varié ses compétences (apprentissages, complexité mentale, stimulation sociale), plus on résiste aux effets de l’âge et aux maladies neurodégénératives. Les grandes synthèses sur la prévention de la démence insistent justement sur l’importance de facteurs modifiables tout au long de la vie, dont l’éducation, l’activité physique, l’isolement social, la dépression, etc.

Autrement dit : on ne protège pas son cerveau en le ménageant, on le protège en l’entraînant.

Étude du MIT Media Lab

Une étude devenue virale : un travail du MIT Media Lab où des participant·e·s écrivaient des essais dans différentes conditions (sans outil, avec moteur de recherche, avec ChatGPT), avec mesures EEG et tests de rappel. Des médias rapportent une baisse marquée de l’engagement cérébral et des scores de mémoire plus faibles chez le groupe ChatGP.

Deux nuances importantes, pour rester solide :

  • Cet article n’a pas encore évalué par les pairs au moment où il a fait le tour du monde, donc à lire comme un signal préliminaire, pas une vérité finale.
  • Même en prenant ces résultats au sérieux, ils parlent surtout d’un risque précis : l’IA utilisée comme “pilote automatique” peut réduire l’effort d’encodage (mémoire), le sentiment d’appropriation, et l’activité liée à la planification/attention.

Le cœur du sujet n’est donc pas “l’IA rend bête”. Le cœur du sujet, c’est comment on s’en sert.

La vraie menace : la délégation permanente

On connaît déjà ce phénomène avec d’autres outils : quand on externalise une capacité, on la sollicite moins. Par exemple, l’usage intensif du GPS a été associé à une moins bonne performance de mémoire spatiale lors de navigation sans GPS.

Avec l’IA, l’externalisation peut toucher des fonctions centrales :

  • formuler une idée
  • structurer une argumentation
  • chercher une preuve
  • faire l’effort de rappel
  • écrire (et donc clarifier sa pensée)

Et écrire, c’est souvent penser en public.

ChatGPT va-t-il augmenter ton risque de démence ?

Dire ça comme une certitude serait trop fort : on n’a pas (encore) de preuves directes à long terme du type “usage d’IA → démence”. Ce qu’on peut dire, de façon plus rigoureuse :

  • La prévention du déclin cognitif repose en partie sur l’activité mentale, l’apprentissage, l’activité physique, la vie sociale et la santé mentale.
  • Si l’IA devient une béquille systématique qui remplace l’effort cognitif au lieu de l’augmenter, elle peut contribuer à un mode de vie plus “passif” sur le plan mental et ça, c’est cohérent avec ce qu’on sait des facteurs de risque modifiables.

Donc la bonne question est : est-ce que l’IA te fait moins penser… ou mieux penser ?

Utiliser l’IA sans perdre ses muscles cognitifs : 8 règles simples


1) D’abord moi, ensuite l’IA

Écris un brouillon (même mauvais) avant d’ouvrir l’IA.
But : forcer ton cerveau à générer, trier, décider.

2) L’IA comme coach, pas comme ghostwriter

Demande :

  • Pose-moi 10 questions qui vont améliorer mon raisonnement.
  • Contredis-moi : quelles sont les failles logiques ?
  • Quels contre-exemples existent ?

3) Rappel actif obligatoire

Après une réponse IA : ferme la fenêtre et résume de mémoire en 5 lignes.
Puis compare et corrige.

4) Alterne assisté / non assisté

Exemple :

  • Lundi : rédaction sans IA
  • Mardi : IA pour critique
  • Mercredi : réécriture sans IA

5) Ne laisse pas l’IA choisir tes idées

Si tu demandes “donne-moi 20 idées”, impose-toi une règle :

  • Tu en ajoutes 5 personnelles avant de sélectionner.

6) Fais-lui expliquer moins et te faire pratiquer plus

Au lieu de “explique-moi X”, préfère :

  • Fais-moi un quiz progressif sur X (avec correction).
  • Donne-moi 3 exercices et attends mes réponses.

7) Garde des zones zéro IA

Des activités où ton cerveau fait le job :

  • Lecture longue
  • Écriture à la main
  • Calcul mental
  • Mémorisation (langues, poésie, faits)
  • Navigation parfois sans GPS (quand c’est sûr)

8) Mets l’énergie là où l’IA ne peut pas vivre à ta place

Sommeil, exercice, relations sociales : ce sont des piliers du cerveau, point. Les grandes recommandations de santé cérébrale insistent justement sur ces facteurs modifiables.

Conclusion : l’IA peut t’affaiblir… ou te rendre plus fort

Si tu utilises l’IA pour éviter l’effort, tu désentraînes des compétences (attention, mémoire, esprit critique).

Si tu utilises l’IA pour provoquer l’effort, tu transformes l’outil en salle de sport cognitive.

Le cerveau aime la friction intelligente :

  • Difficulté juste au bon niveau
  • Répétition espacée
  • Rappel actif
  • Feedback honnête.

L’IA est un accélérateur. À toi de décider si elle accélère ta paresse… ou ta progression.

Sources

Dementia prevention, intervention, and care: 2024 report of the Lancet standing Commission

ChatGPT May Be Eroding Critical Thinking Skills, According to a New MIT Study

Habitual use of GPS negatively impacts spatial memory during self-guided navigation